Ecosocialisme

Publié le par Le blog de la Gauche Anticapitaliste du Tarn & Garonne

Ecosocialisme

18 thèses pour l’écosocialisme

"Je veux que l’immense majorité, la seule majorité : tout le monde, puisse parler, lire, écouter, s’épanouir. Je n’ai jamais compris la lutte autrement que comme un moyen d’en finir avec la rigueur. J’ai pris un chemin car je crois que ce chemin nous conduit tous à cette aménité permanente. Je combats pour cette bonté générale, multipliée, inépuisable.“
Pablo Neruda, poète chilien (J’avoue que j’ai vécu, 1974)

Présentation :

Ce Manifeste des Assises pour l’écosocialisme s’inscrit dans la lignée du Manifeste international de l’écosocialisme publié en 2002 ainsi que de la déclaration écosocialiste de Belem de 2009, pour ouvrir la voie à un nouveau projet politique.

Il a été très largement soumis à débat dans le cadre des Assises pour l’écosocialisme organisées par le Parti de Gauche le 1er décembre 2012 (auxquelles a participées la Gauche anticapitaliste). Depuis, 133 amendements de fond, émanant de plus une trentaine d’auteurs d’horizons divers ont été reçus et traités.

Cette synthèse est proposée à toutes celles et ceux qui le souhaitent, organisations et individus, en France et à l’international, qui se reconnaissent dans l’écosocialisme.

Ce « Manifeste des Assises pour un écosocialisme » sera discuté tout au long de l’année et donnera lieu à de nouveaux débats à l’occasion des secondes Assises pour l’écosocialisme qui se tiendront en décembre 2013, dans le cadre du comité des Assises composé des personnalités suivantes : Mathieu Agostini, Paul Ariès, Guillaume Etievant, Laurent Garrouste, Susan George, Janette Habel, Damien Joliton, Matthieu le Quang, Jacques Lerichomme, Michael Löwy, Laurent Maffeis, Corinne Morel Darleux, Arno Munster, Danièle Obono, Anita Rozenholc...

Toutes les informations sur les Assises permanentes pour l’écosocialisme sont sur : http://ecosocialisme.com/

Premier Manifeste des Assises - 18 thèses pour l’écosocialisme

I. QU’EST-CE QUE L’ECOSOCIALISME ?

1. Une alternative concrète et radicale. L’écosocialisme n’est pas une utopie à laquelle le réel devrait se conformer. C’est la réponse humaine raisonnée à la double impasse dans laquelle est enfermée dorénavant l’humanité en raison des modes de production et de consommation de notre temps qui épuisent l’être humain et l’environnement. Elle appelle une pensée et une action politique radicale, au sens où elle doit aller à la racine des causes. Nous combattons donc les deux moteurs du système actuel : le capitalisme et le productivisme. Le capitalisme impose la marchandisation pour faire de toute chose une nouvelle source de dividendes. Il est ainsi responsable du creusement des inégalités sociales et de la mondialisation à l’œuvre, libérale et liberticide, où règne le dumping social et environnemental avec la délocalisation des pollutions et des altérations de l’écosystème. Le productivisme épuise les ressources naturelles et perturbe le climat. L’idéologie consumériste est son corollaire. Elle élève l’accumulation matérielle au rang de loi, à grands coups de publicité pour générer des besoins jamais rassasiés. Nous désignons les vrais coupables de ce système : l’oligarchie financière mondialisée, les gouvernements soumis aux lobbies des multinationales sans contrôle démocratique, les idéologues de la concurrence « libre et non faussée », du capitalisme vert et du libre échange. Face à eux, l’écosocialisme est une alternative pour sortir de la crise et imposer l’intérêt général humain : partager les richesses sans attendre, fonder une nouvelle économie des besoins et de la sobriété, préserver le climat, l’écosystème et sa biodiversité.

2. Un paradigme de l’intérêt général. Dans la réalité, avant toute idée humaine sur le sujet, l’être humain est partie intégrante de l’écosystème dans lequel il vit. Ils ne peuvent être dissociés. Il n’y a qu’un seul écosystème global compatible avec la vie humaine. Dès lors, nous sommes tous semblables dans notre dépendance à l’écosystème. Cette vérité s’impose à tous, en dépit de nos différences de tous ordres. Il y a donc un intérêt général humain qui est lié à celui des autres espèces vivantes : préserver l’écosystème qui rend la vie humaine possible. Comment l’identifier sinon par la libre délibération collective ? Comment celle-ci pourrait-elle être libre si les uns dominent les autres, si des vérités révélées s’imposent en préalable ? Le paradigme écologiste appelle donc la démocratie, l’égalité sociale, la laïcité et le féminisme. Ce sont des conditions indispensables pour que le débat citoyen puisse avoir lieu sans intrusion de force oligarchique, dogmatique ou patriarcale. Enfin, dans la délibération pour déterminer l’intérêt général humain, chacun d’entre nous est appelé à dire non pas ce qui est bon pour lui mais ce qui est bon pour tous. Cela institue l’universalité des droits humains, la citoyenneté comme devoir et la République comme nécessité. Tel est le lien raisonné qui unit l’écologie politique et la République sociale universelle. C’est cette théorie politique globale que nous nommons écosocialisme. Il s’agit d’un humanisme et d’un universalisme socialiste et concret.

3. Une nouvelle synthèse politique à gauche. L’écosocialisme est un nouveau projet politique réalisant la synthèse d’une écologie nécessairement anticapitaliste et d’un socialisme débarrassé des logiques du productivisme. Il permet ainsi la jonction des grands courants de la gauche dans un nouveau paradigme politique. Nous avons besoin de ce projet de société alternatif au capitalisme. Il trace une ligne d’horizon dans la lutte pour une société d’émancipation et de progrès où le saccage de l’environnement et l’exploitation de l’homme par l’homme auront disparu. Notre projet écosocialiste prend en compte les besoins humains et les limites de la planète. Il repense l’utilité sociale de la production, nos manières de consommer, nos besoins réels, la finalité de nos produits et la manière de les produire.

4. Le renouveau du socialisme. Le socialisme a toujours visé l’émancipation de la personne humaine. Elle passe par le partage de la richesse, la démocratisation du pouvoir et l’éducation globale de chaque femme et chaque homme. Ce programme est toujours le nôtre. Mais nous savons dorénavant que l’émancipation ne peut être atteinte par la croissance sans fin : l’écosystème qui rend la vie humaine possible ne le permet pas. Ce constat oblige à définir un nouveau modèle de progrès en rupture avec le système capitaliste. Doivent être repensés non seulement le système de production et d’échange, mais aussi le contenu des productions et les modes de consommation. Cette approche implique par conséquent l’ensemble de l’organisation sociale et politique. Elle nous oblige à penser de façon nouvelle ce qu’est véritablement le progrès humain dans la perspective de la préservation de l’écosystème. Dans ces conditions, nous proposons un nouvel énoncé de la stratégie émancipatrice pour le futur de l’humanité. Cette nouvelle conscience et son programme d’action sont l’écosocialisme. Ses méthodes sont la radicalité concrète, la planification écologique et la révolution citoyenne.

II. SORTIR DES IMPASSES IDEOLOGIQUES

5. Le mensonge du capitalisme vert, les risques de l’environnementalisme. Notre écologie est sociale, elle prolonge les combats historiques de la gauche. Nous rejetons la mystification représentée par une certaine vision de l’écologie qui se veut compatible avec le libéralisme. Nous dénonçons le « capitalisme vert », qui sous couvert de développement durable offre un nouvel espace à la mainmise de la recherche du profit maximal, alimente la dynamique impérialiste et le court-termisme. Nous refusons le discours écologiste qui se contente de culpabiliser les individus. Il s’abstient ainsi de souligner la responsabilité majeure du productivisme sans frein. Il renonce à s’attaquer aux modes de production et de consommation capitalistes et refuse de voir qu’ils exploitent les plus précaires et pillent les pays du Sud. Nous refusons ce que serait une écologie de salon coupée des classes populaires, sans critique sérieuse de l’économie mondialisée, dépourvue de vision sociale et dès lors d’efficacité environnementale. Notre écologie à nous aborde les questions d’environnement en faisant systématiquement le lien avec la critique du système économique et avec les luttes sociales, en y impliquant l’ensemble des citoyens.

6. L’impasse sociale-démocrate. Nous réfutons la doctrine sociale-démocrate qui voudrait que toute redistribution des richesses passe d’abord par la relance de la croissance du PIB et la hausse de la consommation matérielle globale. C’est un double contre-sens. D’une part, elle maintient la puissance du capital financier et suppose que la répartition de la richesse s’organise à partir « des fruits de la croissance ». Elle ne s’attaque pas à l’accumulation déjà acquise. Or nous savons que les richesses existent, et qu’il n’y a pas lieu d’attendre pour les redistribuer. Ce qui est en cause c’est l’accaparement de ces richesses via la prédation du capital. D’autre part, cette doctrine repose sur un modèle d’expansion infinie qui est un suicide de la civilisation humaine. Le PIB est un indicateur qui ne reflète pas le bien vivre dans une société. Il est bien sûr impératif que chaque être humain puisse accéder aux biens fondamentaux. Bien sûr, la relance des activités d’intérêt général est indispensable. Pour autant, la relance d’une croissance économique aveugle n’est pas de nature à répondre aux urgences sociales. Elle est encore moins souhaitable ni tenable du point de vue de la préservation de l’écosystème, des ressources naturelles et du climat. Nous n’attendons donc ni la reprise de la croissance ni les effets bénéfiques de l’austérité : nous ne croyons ni à l’une ni aux autres.

III. INSTAURER UNE NOUVELLE ECONOMIE POLITIQUE AU SERVICE DU PROGRES HUMAIN

7. Mettre l’économie au service des besoins. L’écosocialisme veut mettre l’économie et le système productif au service des besoins humains. En cela, il s’oppose à la « politique de l’offre » défendue par les libéraux. Nous refusons cette logique productiviste qui consiste à produire tout et n’importe quoi dans n’importe quelles conditions pour l’écouler sur un marché par des dépenses publicitaires. Comment ne pas voir aussi que dans cet objectif, pour augmenter ses profits, le système nous vend des produits programmés pour tomber en panne et devenir démodés de plus en plus vite ? Comment supporter plus longtemps le gâchis des déchets croissants de notre civilisation ? Comment fermer les yeux sur le fait que beaucoup sont exportés vers les pays du Sud au détriment de la santé des populations et de leur environnement ? Nos décisions collectives doivent au contraire être guidées par la satisfaction des besoins réels. C’est le sens de la planification écologique. Elle inverse cette logique en partant des besoins, du devoir de préserver l’écosystème et du droit de tous à vivre dans un environnement sain. Elle met le système productif en adéquation avec ces impératifs.

8. Rompre avec les schémas de pensée traditionnels. L’écosocialisme remet en cause la dictature des intérêts particuliers et de la propriété privée des moyens de production. Il questionne le rapport au travail. Nous prônons l’appropriation sociale des moyens de production et les propositions alternatives de l’économie sociale et solidaire en termes d’autogestion et de coopératives. Nous défendons la souveraineté budgétaire et la nationalisation comme outil de politique publique, notamment en matière de services bancaires et de crédit. Indice de progrès humain, démondialisation et protectionnisme social et écologique, dotation inconditionnelle d’autonomie et salaire socialisé, revenu maximum autorisé sont autant de perspectives que nous avons à l’esprit pour sortir des sentiers battus et éviter le piège d’un accompagnement du système. Il nous faut également aller plus loin en matière de réduction drastique du temps de travail : « travailler moins pour travailler tous et mieux », fixer le plein emploi comme horizon tout en interrogeant les finalités du travail. Rien ne sert de travailler davantage que le temps utile à produire ce qui nous est nécessaire. Le temps ainsi libéré pourrait utilement être affecté à des activités considérées aujourd’hui comme « improductives » et pourtant combien essentielles au bien vivre.

9. Produire autrement. La révision en profondeur de notre système de production repose sur ce que nous appelons les « 4 R » : relocalisation de l’activité, réindustrialisation écologique, reconversion de l’outil industriel et redistribution du travail. De nombreux besoins non satisfaits existent : dans une industrie relocalisée, dans les services aux personnes, dans l’agro-écologie et l’agriculture paysanne au service de la souveraineté alimentaire et de la santé de tous, dans la recherche et les filières « vertes » visant à réduire notre dépendance aux ressources épuisables (écoconstruction, efficacité énergétique, rénovation thermique, énergies renouvelables...). Avec l’augmentation du chômage et la crise sociale, l’argument de l’emploi est trop souvent mis en avant contre l’impératif de la protection de l’environnement. C’est une absurdité : on voit aujourd’hui le coût économique et social du laisser-faire libéral, là où la relocalisation et la transition écologique permettraient au contraire de conserver, transformer ou créer de nombreux emplois, locaux et pérennes, dans tous les pays.

10. Instaurer la règle verte comme boussole politique. La « règle verte » est notre indicateur central de pilotage de l’économie. Elle remplace « la règle d’or » des politiques d’austérité et « d’ajustement structurel » imposés par la Banque mondiale, le Fonds monétaire international, la Commission européenne et la Banque centrale européenne. Elle vise à assurer notre responsabilité devant l’humanité et son écosystème en supprimant la dette écologique. Elle associe la nécessaire réduction de certaines consommations matérielles et la nécessaire relance de certaines activités avec la prise en compte systématique de l’empreinte écologique générée. En plus des dégâts déjà commis à rattraper en matière d’émissions de gaz à effet de serre et de perte de biodiversité, nous adoptons comme moyen d’évaluation des politiques publiques, de retarder chaque année le « jour du dépassement global ». Il s’agit de la date où nous avons prélevé à l’échelle mondiale le volume de ressources renouvelables égal à ce que la planète est en mesure de régénérer et où nous avons produit les déchets qu’elle est capable de digérer. Notre objectif est de la repousser au 31 décembre, c’est-à-dire de neutraliser notre empreinte écologique. Cela implique la réduction drastique des émissions de gaz à effet de serre et l’arrêt du nucléaire qui produit des déchets radioactifs que nul ne sait gérer et qui comporte des risques inacceptables pour les êtres humains comme pour l’écosystème.

IV. CONSTRUIRE LA REVOLUTION ECOSOCIALISTE

11. Les luttes doivent converger. Notre objectif de rupture civilisationnelle impose que l’action politique soit le fait du plus grand nombre. Il s’agit de rassembler et d’agir, non de se contenter d’avoir raison entre convaincus, ou pire, de dresser les uns contre les autres : nous nous situons aux côtés des salariés et des exclus du système qui résistent et sont porteurs de projets alternatifs sociaux et environnementaux. La reconversion écologique ne se fera pas sans eux, encore moins contre eux. Nos adversaires dans cette bifurcation radicale de société ne sont pas les chercheurs ou les salariés de l’industrie, mais bien les banques, les multinationales et les actionnaires qui orientent la production en fonction de leurs intérêts privés et non de l’intérêt général.

12. Lutter et résister pour inventer. La révolution écosocialiste combine propositions programmatiques et présence dans les luttes sociales et environnementales, aux côtés de toutes celles et ceux qui résistent. Les citoyens engagés dans ce projet s’impliquent dans le développement d’expérimentations et alternatives concrètes : circuits courts, associations pour le maintien de l’agriculture paysanne, soutien aux ceintures vivrières et actions contre l’artificialisation des sols, collectifs de villes en transition, reprise d’entreprises par les salariés, systèmes d’échanges locaux, épargne citoyenne et monnaies complémentaires, habitat collectif et co-voiturage... Ils sont actifs dans des actions de désobéissance civique non violente, opérations anti-publicité ou réquisitions de logements vides. Les élus du peuple pour le projet écosocialiste s’engagent dans une démarche cohérente entre leurs discours et leurs actes. Ils font vivre la gauche par l’exemple en prenant des mesures d’interdiction de la publicité, de retour en régie publique de l’eau, de renchérissement du mésusage ou encore d’extension de la gratuité des services publics.

13. Mettre en œuvre la planification écologique. La planification écologique impose la prise en compte du temps long et la maîtrise publique, le tout placé sous contrôle des citoyens, travailleurs et usagers. Le problème n’est pas l’industrie, la recherche ou la technique en soi, mais bien l’absence de choix et de contrôle citoyen. Une révolution citoyenne est nécessaire pour conquérir cette capacité de contrôle. Tel est le mélange détonant d’utopisme révolutionnaire et de technicité auquel nous aspirons. Le Plan écologique donne la possibilité d’organiser la bifurcation vers un autre mode de développement, en interrogeant nos besoins et en réorientant production, échange et consommation en vertu de leur utilité sociale et écologique. Le secteur de la recherche doit se réorganiser autour de l’intérêt général et des besoins réels, et inventer de nouvelles formes participatives par le biais par exemple de conventions de citoyens. L’école publique, à travers les voies professionnelles, technologiques et générales, doit organiser l’élévation des connaissances et des qualifications à tout âge afin de réussir cette bifurcation et faire émerger de nouvelles filières. Des « conférences de participation populaire » doivent être organisées pour redéfinir les critères d’utilité sociale et environnementale et l’articulation entre les différents échelons, des politiques européennes aux actions locales. La planification écologique organise l’intervention continue des salariés dans la gestion des entreprises, dans le prolongement de la convergence croissante des luttes sociales et environnementales.

14. Pas d’égalité et de République sociale possibles sans Constituante ! Nous affirmons l’exigence d’un haut niveau de culture commune par l’école publique incluant l’éducation à l’environnement. Sinon comment rendre possible l’émancipation individuelle et collective, seule à même de permettre le consentement à un contrat social partagé par tous ? Le projet écosocialiste réaffirme le rôle de l’État, de la collectivité et des services publics, indispensables pour planifier la rupture, construire une société émancipatrice et garantir l’égalité d’accès aux droits fondamentaux pour tous, partout. Ils doivent être refondés par le moyen d’une assemblée constituante. Celle-ci doit renouveler de fond en comble les formes institutionnelles et mettre en place les moyens démocratiques qui rendront possibles l’implication citoyenne permanente et la souveraineté populaire en tous domaines. Car la tâche révolutionnaire est immense. Nous appuyons en effet la mise en place d’un « ménagement » du territoire à rebours de l’étalement urbain, de la concentration des populations dans des mégalopoles et de la mise en concurrence des territoires. Nous militons pour un nouvel urbanisme qui rapproche les fonctions indispensables au « bien vivre » (services publics de santé et d’éducation, logement, activité professionnelle, culture et loisirs, biodiversité, agriculture paysanne). Nous refusons la marchandisation du vivant et les OGM, ainsi que la financiarisation des biens communs comme l’eau, l’énergie et le savoir, et la privatisation des services publics. Ceux-ci doivent faire l’objet d’une gestion publique en repensant l’articulation entre l’État, garant de l’égalité républicaine, les collectivités locales et l’action des citoyens, syndicats, associations et usagers.

15. Mener la bataille culturelle. Le projet écosocialiste mène son combat idéologique par l’éducation populaire. Il veut décoloniser l’imaginaire. Il dénonce la programmation d’un individu-consommateur docile, soumis aux avis de prétendus experts et aux impératifs du productivisme qui nous fait désirer des productions nuisibles et inutiles, fabriquées à l’autre bout de la planète dans des conditions de travail indignes et sous des législations environnementales défaillantes voire inexistantes. Il combat les bras armés du productivisme que sont la publicité, avec son cortège de marchandisation des corps et de sexisme, la mode et les médias, relayés par les organismes de crédit, qui nous conditionnent et nous soumettent à une injonction d’achat et de gaspillage permanents. Cette bataille idéologique est aussi une bataille de vocabulaire. Nous refusons la politique de l’oxymore et la novlangue libérale : le « prix du travail » qui devient un « coût », les cotisations sociales des « charges », les « gardiens de la paix » renommés « forces de l’ordre », la vidéosurveillance « vidéoprotection », ou encore le nucléaire déguisé en énergie « propre et
décarbonée ».

16. Faire sauter le verrou des traités libéraux. A l’échelle mondiale, nous dénonçons les accords promus par l’Organisation mondiale du commerce, accords de libre échange et accords de partenariat économique qui contribuent à l’épuisement des ressources naturelles, à l’exploitation des peuples du Sud et au dumping social dans les pays dits développés. Parce qu’elle est la première zone économique du monde, l’évolution de l’Union européenne implique toute la planète. Sa politique libérale est verrouillée par les traités actuels et les plans d’austérité. Établis sous la houlette de lobbies économiques et financiers, ils ont tous en commun de prévoir la disparition des services publics, l’extension du domaine marchand et du libre-échange. Cela provoque à la fois gâchis dû aux compétitions mercantiles, et destruction des services publics et biens communs au profit des intérêts privés. L’Europe libérale et austéritaire empêche aussi de maîtriser et d’orienter le contenu de la production et de l’échange vers des objectifs de progrès humain. Dans ces conditions, nous assumons qu’une politique écosocialiste en Europe passe par la désobéissance à l’Europe libérale et à ses directives. Il faut pour cela construire d’autres rapports de force entre les citoyens, le pouvoir de la finance et celui des institutions anti-démocratiques de l’Union européenne. Si l’échelon européen peut être pertinent pour de grandes politiques environnementales et sociales, leur mise en œuvre ne sera possible que par la construction d’une autre Europe, sous le contrôle démocratique des peuples.

17. Porter un combat internationaliste et universaliste. Il n’y a qu’un seul écosystème compatible avec la vie humaine. Il faut en tirer les conséquences dans tous les domaines. Les décisions prises à un endroit sur la planète ont des répercussions partout ailleurs. Le projet écosocialiste implique la reconnaissance de la responsabilité des pays dits du Nord, de l’Organisation mondiale du commerce, du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale vis à vis des peuples dits du Sud. Il dénonce la compétition organisée en lieu et place de la coopération, le productivisme et ses effets sur le climat mondial, le pillage des ressources naturelles, l’accaparement des terres arables, ou encore l’austérité imposée par la Troïka. Il induit la reconnaissance de la Déclaration universelle des Droits de l’homme et la création d’un Tribunal international des crimes contre l’environnement. L’écosocialisme nous impose de contribuer aux débats liant politiques de développement et de progrès social, et préservation de l’environnement. Pour cela, nous soutenons et nous inspirons des alternatives à l’étranger : révolutions citoyennes et Printemps arabe, refus de la dette et des monopoles médiatiques en Argentine, assemblée constituante en Islande et au Vénézuela, initiative Yasuni ITT pour laisser le pétrole sous terre en Équateur... Les savoirs, l’expérience et les méthodes acquises dans ces situations doivent pouvoir converger. Le projet écosocialiste doit pouvoir être porté par un forum mondial qui en fasse le but de la révolution citoyenne de notre temps.

18. Mener la révolution citoyenne pour l’écosocialisme. Compte tenu de l’ampleur de son objectif, la remise en cause du modèle productiviste capitaliste ne peut résulter d’une simple alternance électorale et de décisions venues d’en haut. Elle implique une refonte radicale des institutions incluant scrutins à la proportionnelle, parité et non cumul des mandats permettant au peuple d’être effectivement représenté dans toutes ses caractéristiques. Il s’agit de mettre au pas l’oligarchie et d’assurer, en toutes circonstances, la souveraineté populaire par une démocratie réelle. Cela exige que les majorités parlementaires écosocialistes conjuguent leur action avec des mouvements d’implication populaire dans tous les domaines de la vie de la société. Cette réappropriation de l’initiative politique et citoyenne par chaque femme et chaque homme, dans le but de déterminer partout et sur tous les sujets quel est l’intérêt général, c’est ce que nous nommons la révolution citoyenne. C’est une révolution. Car elle se propose de changer les formes de la propriété, le système institutionnel et la hiérarchie des normes juridiques, sociales et environnementales qui organisent la société et l’économie. Elle est citoyenne. Car elle veut donner le pouvoir à chacun non pour l’intérêt d’une catégorie sociale en particulier mais pour le bien de tout humain, Et car elle se donne des formes institutionnelles et se soumet au suffrage universel, dans le pluralisme politique. Nous refusons que le désespoir et la colère ne basculent du côté de la haine. Ni avant-garde éclairée, ni dictature verte, ni repli ethniciste, nous défendons donc la voie démocratique de la révolution citoyenne. Le peuple n’est pas le problème, il est la solution. Le pire dommage de la crise actuelle de la civilisation humaine serait que l’humanité soit incapable de s’ouvrir à la voie d’un autre futur. L’écosocialisme peut être celui-ci. Qu’il fleurisse !

6 février 2013

* http://ecosocialisme.com/2013/02/07...

Ecosocialisme

Contribution de la Gauche Anticapitaliste aux assises pour l’écosocialisme.

Le Parti de Gauche a pris l’initiative d’organiser des Assises pour l’écosocialisme et soumis dans ce cadre un projet de manifeste. La Gauche Anticapitaliste, courant unitaire pour l’écosocialisme, a jugé cette initiative intéressante, très positive, et a accepté d’y participer : outre une intervention d’une de nos porte-parole lors des assises, notre courant est co-organisateur, dans certaines villes, d’assises locales prolongeant la réunion nationale de début décembre 2012 à Paris. Le processus engagé doit se poursuivre tout au long de l’année 2013 pour se conclure sur de nouvelles assises nationales en décembre prochain.

La Gauche Anticapitaliste manifeste sa disponibilité pour la co-organisation de cette deuxième édition.

La Gauche Anticapitaliste se félicite que de plus en plus de forces se rejoignent pour défendre un projet global de société, alternatif au capitalisme, tournant le dos à l’impasse productiviste et tirant les leçons du désastre que fut le stalinisme. Un projet global que nous nous accordons à nommer désormais l’écosocialisme. Celles et ceux qui se battent contre le capitalisme ont besoin d’un horizon post-capitaliste, d’une espérance, pour donner un sens à la nécessaire transformation révolutionnaire de la société.

Un projet de manifeste a été soumis à la discussion par le Parti de Gauche. Ce texte contient de nombreux points avec lesquels nous sommes en accord. Nous voudrions ici insister sur les sujets de débat, non pour entretenir une polémique ou des différenciations factices, mais pour chercher à avancer ensemble dans l’énoncé de notre projet commun de société et des formes potentielles de la transformation envisagée. Sans doute un certain nombre des points de débat que nous soulevons renvoie à des habitudes différentes de formulation, liées à une culture politique qui sur certains points n’est pas la même. La discussion devrait alors permettre de lever certaines incompréhensions. Sur d’autres points, apparaissent des désaccords dont il convient de vérifier la réalité et la portée. Dans la mesure où ce document a l’ambition de dégager une perspective stratégique de transformation sociale, il convient de prendre le temps de la discussion, et ne pas précipiter son adoption, s’il s’agit qu’il puisse être signé assez largement.

La perspective de révolution citoyenne telle qu’elle est exposée ne prend pas suffisamment en compte certains aspects, pour nous décisifs. Si tabler sur une victoire électorale d’un bloc de forces écosocialistes est une des hypothèses stratégiques à envisager, encore faut-il insister sur le fait que cette victoire ne pourra être que le premier acte d’une bataille sans merci avec les forces politiques et sociales hostiles à toute perspective de transformation sociale et écologique. La résistance des classes dominantes serait immédiate, et s’appuierait sur des moyens considérables : financiers, économiques, bureaucratiques… et probablement militaires également. Elle ne serait pas simplement l’œuvre du seul capital financier, mais aussi du capital industriel ainsi que d’une bonne partie de l’appareil d’Etat et des médias. On voit clairement d’ailleurs à l’œuvre les effets puissants de cette résistance aujourd’hui dans plusieurs pays d’Amérique du Sud ayant porté à leur tête des gouvernements anti-impérialistes. Il ne s’agit pas pour nous de dire qu’il existe une solution simple à ce problème mais de l’identifier clairement pour préparer la rupture à accomplir. Il s’agit encore moins de laisser entendre qu’on pourrait faire l’impasse sur la nécessaire adhésion démocratique d’une large majorité de la population au processus engagé. Il ne s’agit pas non plus de croire ou de laisser croire que tout peut-être fait en un jour ou en claquant des doigts indépendamment de l’évolution des rapports de force et de la maturation de la conscience populaire.

Dans ce cadre, plusieurs points fondamentaux doivent à notre avis être mis en évidence clairement : le fait d’associer perspective de mobilisation autonome des classes populaires et perspective gouvernementale, la nécessaire rupture avec l’Etat actuel, une perspective anticapitaliste posant la question de la propriété des grands moyens de production et d’échanges, sans laquelle il ne saurait y avoir d’écosocialisme, et s’appuyant sur l’autoorganisation populaire. Sur ces trois éléments notamment, le texte ne nous semble pas satisfaisant. Reprenons-les brièvement.

Un gouvernement, même légitimement élu, qui entendrait commencer à œuvrer résolument pour les classes populaires et engager par conséquent une transformation sociale et écologique se heurterait à la résistance acharnée des classes dominantes (dénigrement et harcèlement des grands médias privés, fuite des capitaux, résistance d’une grande partie des hauts fonctionnaires, voire actions factieuses d’une partie des corps répressifs et de l’armée, etc.). Il est donc essentiel que son arrivée au pouvoir soit le résultat d’une puissante mobilisation populaire, qui sera ensuite indispensable pour vaincre les résistances mais aussi pour commencer à changer les choses en profondeur. La réorganisation du système productif et des services publics ne peut être simplement décrétée d’en haut mais doit résulter de l’immixtion des usagers et des travailleurs dans la gestion des unités de travail. La question de la propriété est ici décisive : il nous paraît illusoire de penser qu’une planification écologique puisse être mise en place afin d’organiser et programmer la transformation sociale et écologique sans que les grands moyens de la production et d’échanges passent sous contrôle populaire, et donc que le pouvoir non seulement du capital financier mais aussi du capital industriel, d’ailleurs étroitement enchevêtrés, soit sérieusement rabotés. Ce contrôle populaire doit selon nous prendre la forme d’une appropriation publique et sociale, aux niveaux local, national voire continental suivant les cas. Pour nous, cette appropriation sociale et populaire doit être pensée comme réponse aux dérives et échecs des nationalisations passées (EDF, banques…), elle devrait articuler :

- Appropriation publique car les grands choix de production de biens et de services relèvent de la délibération collective des citoyen-nes, et ne peuvent donc pas être otages des intérêts privés. Mais cela n’est pas suffisant, d’où les 2 points suivants.
Appropriation sociale car la gestion des unités de production doit relever des travailleurs/euses associé-es de ces unités sous le contrôle des usager-es, et conformément aux décisions collectivement délibérées,
- Caractère populaire de cette appropriation car il ne peut s’agir d’un processus figé aux règles édictées par les administrations d’Etat et qui deviendrait alors rapidement un alibi à une planification bureaucratique.

Ceci n’implique ni une socialisation complète de l’économie, ni une suppression de la régulation par le marché de toutes les sphères de l’activité économique, mais revient simplement à donner les moyens au peuple de prendre et contrôler effectivement les grands choix économiques, écologiques et sociaux. Une socialisation totale de certains secteurs stratégiques sera cependant incontournable : énergie, transports, production pharmaceutique… Sera également nécessaire un encadrement étroit et une mise sous contrôle des citoyens et producteurs associés concernant des secteurs comme la construction/l’habitat, la grande distribution et l’agro alimentaire.

Enfin, l’Etat indispensable à la transition vers l’écosocialisme ne peut être l’Etat actuel, avec lequel une rupture profonde est nécessaire. Il peut suffire pour s’en convaincre, par exemple, de citer le rôle bien spécifique en France d’un certain nombre de grands corps (Mines, Ponts, ENA, Polytechnique…), au cœur de l’imbrication étroite entre pouvoir administratif et pouvoir industriel et financier, et par ailleurs souvent actifs promoteurs d’un productivisme résolu. Il nous semble en effet contreproductif d’entretenir l’illusion d’un appareil d’Etat docile et discipliné, qui pourrait être mis au service de notre projet écosocialiste comme il l’est aujourd’hui du modèle capitaliste.

D’autre part, difficile de ne pas évoquer la nécessité de rompre avec l’armée de métier actuelle, largement indépendante aujourd’hui de tout contrôle populaire. Le poids considérable des dépenses militaires, la nécessité de sortir du nucléaire militaire, non du seul nucléaire civil, ou encore de construire un outil de défense au service des citoyen-nes et non des visées des classes dominantes, sont des aspects essentiels d’une transformation sociale et écologique. On pourrait citer bien d’autres exemples.

D’autres questions seraient à approfondir (quelle république ?, quelle laïcité ?, quelle école publique ?, quelle agriculture ?, quelle place pour les « experts » et la recherche scientifique ?, quel contrôle citoyen des applications scientifiques ? etc.), mais nous voulions dans cette première contribution soulever ce qui nous semble être des points durs de la discussion nécessaire. Un certain nombre de formules du texte peuvent aller dans le sens des remarques formulées, mais à d’autres endroits et dans son économie générale, des désaccords apparaissent. Nous souhaitons donc continuer cet échange.

Au-delà de ces remarques, il nous semble important qu’une décision soit prise pour savoir si la cadre des assises est étendue au-delà du seul Parti de Gauche avec la volonté d’associer toutes les forces intéressées, et de chercher à parvenir à la rédaction d’un texte final où l’ensemble des parties prenantes pourrait se reconnaître de manière satisfaisante. Dans une telle perspective, il nous semble évident que les délais de rédaction devraient être allongés et qu’une version collective ne peut être envisagée avant le 2nd semestre 2013.

Le Collectif d’Animation de la Gauche Anticapitaliste - 3 janvier 2013

Ecosocialisme

Jacques Lerichomme : «Le sens de ma participation aux assises pour l’ écosocialisme»

Je vais parler au nom des Alternatifs, de Convergences & Alternative, de la Fase dont les communistes unitaires, de Gauche Anticapitaliste et de Gauche Unitaire, d’abord pour vous évitez cinq discours identiques et pour marquer le fait que nos cinq organisation tant au niveau national que départemental ont entamé un processus de rapprochement.Disons le tout net, en lançant à Paris en décembre 2012 les assises de « l’écosocialisme », le Parti de Gauche a pris une bonne initiative.

La démarche qui consiste à ne pas travailler seul mais collectivement, avec la volonté d’élargir et d’associer tous ceux qui le souhaitent, est la bonne démarche : celle de l’efficacité.

Nous sommes au début du processus, il nous faut encore élargir, ne laisser personne sur le côté. Pour tous ceux qui ont commencé à travailler ensemble, la porte est ouverte, grande ouverte.

Cette ouverture est en effet indispensable au regard du défi qui est devant nous ; car la crise écologique planétaire est une crise de civilisation.

En effet ce qui est hautement inquiétant c’est que ce processus de changement climatique se développe beaucoup plus rapidement que ce que même les plus alarmistes avaient prévu.

L’accumulation de gaz carbonique, l’élévation de la température, la fonte des glaces polaires, les sécheresses, les inondations : tout se précipite.

On ne parle plus de ce qui arrivera à la fin du siècle, mais de ce qui nous attend dans les vingt prochaines années.

La responsabilité du processus incombe au système lui même : le capitalisme

Ce monde vit la tête à l’envers. Le nombre de pauvres ne cesse d’augmenter et avec lui la création de besoins artificiels à grands coups de publicité ; on programme même l’obsolescence de produits qui ne se réparent plus et qu’on jette au bout de quelques semaines, de quelques mois ! Et ce, alors que les ressources naturelles s’épuisent, que la biodiversité s’éteint, que les sols, l’air et l’eau sont de plus en plus pollués.

Une politique de développement durable doit d’abord partir de la critique du système. Elle ne peut pas se contenter de réparer les dégâts sur l’environnement sans en supprimer les causes.

Le développement durable doit être social, parce que la répartition des richesses est au coeur du sujet. Comment demander aux plus pauvres de faire des efforts quand une oligarchie ne consent aucun sacrifice ?

Notre objectif n’est ni de culpabiliser individuellement les gens, ni d’attendre le grand soir de la transformation. Mais s’il est indispensable que chacun modifie ses comportements, il faut aussi un changement de système : les changements individuels ne suffiront pas face au défi écologique.

Parce que nous avons le souci du devenir de notre planète, et plus précisément de la place de l’Homme dans l’écosystème, de son interaction avec la nature et les autres espèces, nous devons trouver vite, très vite, une solution à la consommation croissante d’énergies fossiles dans le monde.

L’alternative doit éviter les deux extrêmes qui ont pénalisé une bonne partie de l’humanité au cours du 20ème siècle : le capitalisme et la planification bureaucratique.

Le capitalisme :

Le système capitaliste pousse l’humanité toute entière vers une catastrophe sans précédent.

La rationalité étroite du marché capitaliste, avec son calcul immédiat des pertes et des profits, est intrinsèquement contradictoire avec une rationalité écologique qui, elle, prend en compte la temporalité longue des cycles naturels.

Il ne s’agit pas d’opposer les « méchants » capitalistes écocides aux « bons » capitalistes verts : c’est le système lui-même, fondé sur l’impitoyable compétition, les exigences de rentabilité, et la course aux profits, qui est destructeur de l’environnement.

de surcroît, cette logique du profit immédiat sans penser à l’avenir n’est pas régulée par les états. Les échecs successifs des sommets internationaux (Copenhague, Rio, Doha) témoignent de l’impasse du capitalisme.

La planification bureaucratique :

Mais le système basé sur la planification bureaucratique centralisée façon socialisme réel a lui aussi échoué.

Le plus triste exemple nous vient de l’Union Soviétique des années 60, avec l’assèchement de la mer d’Aral, encore alimentée par de puissants fleuves, c’était la 4e étendue lacustre du monde, cette superficie est aujourd’hui divisée par deux. Cet assèchement, dû au détournement des deux fleuves pour produire du coton en masse, est l’une des plus importantes catastrophes environnementales du XXe siècle.

Repenser le socialisme suppose qu’on ne l’identifie pas avec ces régimes renversés par la chute du Mur de Berlin.

Nous nous réclamons en même temps de la défense écologique de l’environnement et de la lutte pour une société socialiste, inspirée des valeurs de liberté, d’égalité et de solidarité.

Une société en rupture avec l’idéologie productiviste du progrès – dans sa forme capitaliste et/ou bureaucratique – et en opposition à l’expansion illimitée d’un mode de production et de consommation insoutenable et incompatible avec la protection de la nature.

Il nous faut aujourd’hui articuler les idées fondamentales du socialisme – marxiste et/ou libertaire – avec les avancées de la critique écologique.

La transformation révolutionnaire des forces productives passe par la question des nouvelles sources d’énergie, renouvelables et compatibles avec la sauvegarde des équilibres écologiques.

La démocratie :

Toute décision qui engage notre avenir commun et notre santé doit être soumise au choix du peuple. Une nouvelle société décidera d’orienter la production vers la satisfaction des vrais besoins – démocratiquement définis par la population elle-même.

Développer la recherche fondamentale : je pense ici aux chercheurs du CNRS de Montpellier qui viennent de trouver une plante capable de dépolluer les terrains chargés en métaux lourds et dont les feuilles peuvent servir ensuite à la fabrication de médicaments.

Un autre défi : changer notre modèle de consommation !

Le type de consommation des sociétés capitalistes est fondé sur l’accumulation obsessionnelle de biens, l’acquisition de pseudo-nouveautés imposées par la “mode” et sur le fétichisme de la marchandise.

Une réorganisation de l’ensemble du mode de production et de consommation est nécessaire, fondée sur des critères extérieurs au marché capitaliste : les besoins réels de la population et la défense de l’environnement.

Cela signifie une économie dans laquelle la population elle-même – et pas les “lois du marché” – décide démocratiquement des priorités et des investissements.

De nouvelles valeurs pour une nouvelle civilisation :

- Construire des alternatives : c’est un travail collectif.

- Elles ne surgiront pas de la tête d’intellectuels illuminés ou de gourous idéologiques.

- Les alternatives au libéralisme se constituent dans la pratique sociale, à travers les luttes.

- Ici dans notre département, à Marseille « capitale des luttes », rien ne se fera sans le mouvement social qu’il nous faut associer pas à pas à notre démarche.

- Notre région jouit d’une biodiversité exeptionnelle, mais l’espèce des salarié(e) syndiqué(e)s en lutte n’est curieusement protégée que par nous.

- Les Fralib, la pétrochimie, le port, partout les organisations de salariés prennent à bras le corps cette question de la production et en même temps celle des intérêts fondamentaux de l’humanité.

- L’articulation de la défense de l’emploi, de l’outil de travail, et d’une production non polluante est le défi que les salariés et leurs organisations devront et sauront j’en suis persuadé relever dans les années à venir.

- Ce projet d’une autre société, alternative au libéralisme, doit être capable d’intégrer l’expérience des mouvements sociaux et écologiques.

- Utopique me direz-vous ?

- Sans utopies, sans l’espoir d’un monde différent, nouveau et meilleur, il n’y a pas de mobilisation. L’espoir et l’utopie favorisent l’essor de nouveaux projets politiques et culturels.

La Démarche initiée est collective, le processus est lancé ; il s’élargit ici dans les Bouches du Rhône et sans doute demain ailleurs, la porte est grande ouverte à toutes celles, tous ceux qui veulent participer à ce nouveau projet. Ils y ont toute leur place.

Rêveurs diront certains ?…. Soyons des milliers de rêveurs !

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