Copé/Fillon : le choc

Publié le par Le blog de la Gauche Anticapitaliste du Tarn & Garonne

Copé/Fillon : le choc

On chercherait en vain une différence d'orientations entre Copé et Fillon pour expliquer le spectacle auquel on assiste depuis trois semaines. L'enjeu et bien entendu la présidentielle de 2017, mais la polémique est également le symptôme du pourrissement d'un système politique qui n'a que l'austérité à proposer.

Une fois passés les accès de franche rigolade suscités par les rebondissements quotidiens de la guerre entre François Fillon et Jean-François Copé – on pourrait se croire dans un (mauvais) remake des Tontons flingueurs… – on ne peut se défaire d’un sentiment de perplexité : qu’est-ce qui se cache derrière ce combat des chefs ? Les deux protagonistes représentent-ils des orientations politiques différentes ? Incarnent-ils la défense des intérêts de couches différentes de la grande bourgeoisie capitaliste ?

Mais peut-être ces questions – qui nous viennent naturellement du fait de nos manières de concevoir la politique principalement à travers les affrontements d’intérêts sociaux et les batailles des idées – sont-elles saugrenues dans ce cas d’espèce ? Finalement, l’évènement n’est-il exactement… que ce dont il a l’air : le choc impitoyable de deux ambitions ? Ou encore un spectacle marqué, comme le dit élégamment Nathalie Kosciusko-Morizet, par… « un excès de testostérone » ?

L’une des interprétations les plus en vogue voit dans le duel Copé/Fillon une lutte entre « droite décomplexée » et « gaullisme social » ? Il est, certes, difficile de contester l’absence de tout complexe de Jean-François Copé, son ultralibéralisme en matière économique et sa propension à reprendre à son compte les arguments les plus nauséabonds tirés du bréviaire du Front national. Mais, que penser du « gaullisme social » de son concurrent ? Cela fait maintenant assez longtemps que la France a réintégré toutes les instances de l’Otan et s’aligne assez systématiquement sur l’impérialisme américain. Cette évolution a d’ailleurs connu une accélération sous la présidence Sarkozy alors que le Premier ministre n’était autre que Fillon… C’est dire si la référence au « gaullisme » est aujourd’hui dépourvue de tout contenu concret. Ajoutons que, lors du vote des adhérents de l’UMP en faveur des motions – vote largement éclipsé par celui pour la présidence de l’UMP – la motion se référant explicitement à la tradition gaulliste (Le Gaullisme, voie d’avenir pour la France) est arrivée en quatrième position, avec 12,31% des suffrages militants. Encore faudrait-il préciser que motion était présentée par une brochette d’humanistes tels que Henri Guaino – celui qui pense et écrit que « l’homme africain n’est pas assez entré dans l’Histoire » (discours de Dakar – juillet 2007) – et Michèle Alliot-Marie qui, lorsqu’elle était ministre de la Défense, se proposait de former aux techniques de répression les sbires du régime de Ben Ali…

Quant à la dimension « sociale » de l’étrange gaullisme de F. Fillon, elle est tout sauf évidente. C’est quand même le gouvernement dirigé par F. Fillon qui, en 2007, a conduit ce qu’ils appellent la « réforme des retraites » et, ainsi, franchi une étape supplémentaire mais décisive dans la destruction du système de retraite solidaire. Ça, c’est pour le passé (récent). Quant à l’avenir, le discours prononcé dimanche dernier par François Fillon lors d’un colloque à l’abbaye de Royaumont est tout à fait explicite. Il ne s’est pas contenté de reprendre le refrain habituel de la droite et du patronat contre les 35 heures. Il a franchi une étape de plus : pour lui, le problème n’est ni les 35 heures, ni les 39 heures, ni même les 40 heures. Son problème est de supprimer toute référence à une durée légale du temps de travail et de renvoyer toute norme à la « négociation d’entreprise », c’est-à-dire à l’expression la plus brutale d’un rapport de force défavorable aux salariés. Sur le terrain économique et social, rien ne sépare vraiment Copé et Fillon. Ils défendent agressivement les mêmes intérêts, ceux de la grande bourgeoisie capitaliste. À travers les mêmes mesures et les mêmes projets de destruction des acquis sociaux.

À défaut de se différencier sur le terrain économique et social, Fillon et Copé parviennent-ils à le faire sur ce qu’il est convenu d’appeler les « questions de société » ? En fait… pas vraiment ! Car, quelles que soient les convictions profondes de l’un ou de l’autre, il semble bien que s’impose à eux l’impératif que constitue désormais pour la droite les tentatives désespérées de satisfaire mieux que le FN et Marine Le Pen les électeurs les plus réactionnaires. Qu’il s’agisse du « mariage pour tous » ou du projet de droit de vote des immigrés aux élections locales, Fillon comme Copé sont contre. Tous les deux mènent la même charge contre les projets, pourtant timides ou velléitaires, du gouvernement PS. Tous deux appellent la réaction à reprendre possession de la rue, sur la base d’une commune détestation même plus dissimulée des immigrés et des gays. Bien sûr, dans la drague effrénée des électeurs frontistes, Jean-François Copé a l’avantage du style « petit caïd » que, manifestement, il affectionne. Et qui, bien sûr, rappelle celui, il y a quelques années, d’un certain Nicolas Sarkozy...

Mais, au-delà de ces gesticulations démagogiques auxquelles, manifestement, Fillon, plus patricien, répugne à s’adonner, peu les distingue lorsque l’on passe au registre des positionnements politiques. C’est un peu ce qu’avait illustré, avant le scrutin aujourd’hui contesté, le duel télévisé entre Fillon et Copé, le 25 octobre dernier, sur France 2. Confrontés à la question « que faire, au second tour, lorsque ne sont plus en lice qu’un candidat socialiste et un candidat frontiste ? » les deux ont fini par donner la même réponse : ni PS ni FN. Avec plus de spontanéité dans le cas de Copé, résolument à l’offensive sur cette question. De façon plus laborieuse, voire hésitante pour Fillon. Mais, enfin… la même réponse ! Ce n’est d’ailleurs pas vraiment une surprise : ce n’est pas d’aujourd’hui que le cœur de la droite a fait sienne la devise « plutôt Hitler que le Front populaire » ! Ainsi, lorsque F. Fillon s’indigne des manœuvres tendant à le faire passer pour une espèce de centriste, on peut le comprendre…

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Copé/Fillon : le choc

Objectif 2017

Bien sûr, ce n’est pas réellement la présidence de l’UMP qui les fait rêver. L’enjeu véritable est évidemment l’élection présidentielle de 2017. Ce n’est qu’avec cet éclairage que peut se comprendre l’incroyable brutalité de l’affrontement. Très longtemps, la Ve République, ses institutions et surtout le cœur du système – à savoir l’élection présidentielle – ont constitué un piège… principalement pour la gauche, traditionnellement moins portée sur l’extrême personnalisation de la politique que cela suppose. D’abord obstacle à l’arrivée de la gauche au pouvoir, l’élection présidentielle, après le succès de F. Mitterrand, s’est ensuite transformée en une redoutable machine à désagréger sa culture et son fonctionnement. Depuis les années 1980, le PS tourne entièrement autour de l’élection présidentielle, de la sélection puis de la promotion du candidat. Au point que tendances idéologiques et regroupements politiques ont cédé la place aux réseaux d’influence et aux écuries présidentielles.

A priori, la droite n’avait pas de raison d’être confrontée aux mêmes difficultés : la Ve République a précisément été conçue pour assurer sa pérennité à travers le sacre d’un chef censé transcender les clivages partisans. De là est née la légende dorée : l’élection présidentielle ne serait pas une affaire de partis mais… « la rencontre d’un homme et d’un peuple ». On peut discuter à l’infini pour savoir si cette définition fut éventuellement – et très temporairement – pertinente s’agissant du fondateur de la Ve République, le général De Gaulle. Toujours est-il que depuis, c’est devenu une aimable plaisanterie : tous les prétendants sérieux, à gauche comme à droite, se sont toujours évertués à s’emparer de leur mouvement politique, tant le contrôle du parti apparaît comme un passage obligé sur la route de l'Élysée. Les deux concurrents actuels s’accusent réciproquement de triche – « à échelle industrielle » ! – et de bourrage des urnes. C’est assez probable, aussi bien d’ailleurs pour le camp Fillon que pour le camp Copé. Même si ce dernier a, à l’évidence, usé et abusé des moyens de l’appareil du parti pour mener sa campagne…. Mais tripatouillages électoraux et congrès préfabriqués ne sont pas à proprement parler une nouveauté pour ce courant politique. À commencer par le congrès de fondation du RPR – l’ancêtre de l’UMP – en 1976 : il s’agissait alors de bâtir un parti pour servir les ambitions présidentielles de Jacques Chirac et, pour cela, couler Valery Giscard d’Estaing, quitte à favoriser momentanément F. Mitterrand et la gauche. Avec à la manœuvre, un orfèvre des coups tordus : Charles Pasqua !

En fait, à la fois nourrie et régulée par le mécanisme de l’élection présidentielle, la guerre des chefs est une tradition assez ancienne de la droite. On se souvient des affrontements entre Jacques Chaban-Delmas et Jacques Chirac, puis entre Jacques Chirac et Valery Giscard d’Estaing, puis entre Édouard Balladur et Jacques Chirac, et enfin entre Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy… Par contre, avec la bataille Fillon – Copé, il faut sûrement inscrire au rayon des nouveautés la mise en scène du conflit à destination des médias. Pendant près de quinze jours, les lieutenants de Fillon et de Copé ont assuré le spectacle sur tous les plateaux de télévision – notamment ceux des chaînes d’information en continu – se livrant aux déballages les moins ragoûtants.

L’éclatement du principal parti de droite en deux (ou trois ?) groupes concurrents, alors même que sa justification politique est pour le moins peu lisible, peut aussi être interprété comme le symptôme d’un pourrissement généralisé et d’une implosion du système politique dont les différentes factions, de gauche comme de droite, n’ont à offrir que la poursuite de l’austérité pour une durée indéterminée. Après l’échec des tentatives de médiations menées par Alain Juppé puis par Nicolas Sarkozy, les pronostics sur l’issue de la crise actuelle de l’UMP sont assez aléatoires. Mais, évidemment, cela modifierait le jeu politique… sans forcément changer grand chose à la situation de la grande majorité de la population. À suivre, donc.

François Coustal - publié le 12 déc 2012.

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