La rigueur, c'est maintenant !
L'insoutenable suspens a enfin été levé... la croissance ne sera pas au rendez-vous, et les 0,8% sur lesquels a été construit le budget pourraient se transformer en 0,3 voire 0,2% selon Laurent Fabius. Et si celui-ci a été à demi démenti par le ministre du Budget Moscovici, ce n'est que parce que la procédure d'annonce du taux de croissance n'a pas été respectée. Quand on annonce ce genre de nouvelles, il s'agit d'y mettre les formes.
Autre scoop, la France n'atteindra sûrement pas l'objectif de réduction du déficit à 3% du PIB en 2013. Pourtant, il s'agissait bien de l'engagement phare du Président, qui devait assurer ainsi la confiance de l'Europe, des marchés... enfin tout ce qui est nécessaire pour sortir le pays du marasme.
On pourrait s'en réjouir, et penser que sortir du dogme des 3% va donner de l'air à l'économie. Malheureusement, ce n'est pas le cas, et les éradicateurs des dépenses sortent déjà leur grands ciseaux.
Didier Migaud, président de la Cour des comptes a sonné le début de la course aux économies. Car, pour redresser les finances, PS comme droite s'accordent pour dire que les impôts sont beaucoup trop élevés et qu'il n'est pas possible de taxer davantage. Pourtant, la grande réforme fiscale qui devaient mettre à plat les niches est bien loin d'avoir été réalisée, n'en déplaise à Jérôme Cahuzac.
Ainsi, dès le week-end, la charge était lancée, l'État devrait réduire ses dépenses. Une des pistes retenues étant le plafonnement ou la fiscalisation des allocations familiales ou encore la fiscalisation de l'avantage dont disposent les retraités ayant élevé trois enfants au moins. Mais cela ne s'arrête pas là, avec la proposition de supprimer la caisse de congés spectacle qui plomberait les caisses de l'Unedic – ce qui tend à dire que les 5 millions de chômeurs ne seraient pas un problème s'il n'y avait quelques milliers d'intermittents – ou encore évidemment de réduire les allocations chômage.
Quant aux retraites, on avait compris que la contre-réforme de Sarkozy, que le PS avait combattue en son temps, ne serait pas remise en cause. On ne s'attendait pas à ce que l'actuel gouvernement l'aggrave. Et pourtant, c'est bien ce qui est dans les tiroirs. Le Conseil d'orientation des retraites ayant annoncé que le régime ne pourrait faire face et qu'il manquerait 258 milliards d'euros en 2020.
Ainsi, pour la Cour des comptes, tout peut être mis sur la table, les conditions d'ouverture des droits, le niveau des prestations, le temps de cotisation et bien sûr l'âge de départ. Déjà, il paraît acquis que pour les années à venir, les pensions seront gelées et peu importe que le dernier rapport de la commission de surendettement ait mis en évidence l'augmentation du nombre de retraités concernés.
Une chose est sûre (ou presque) néanmoins, c'est que ce sera le cas des retraites complémentaires, dont les régimes – Agirc et Arrco – ne peuvent plus faire face. Ainsi, les patrons viennent de révéler que les pensions seraient désindexées de l'inflation, et qu'elles augmenteraient de 1% de moins que la hausse des prix. Par ailleurs les pensions de réversion passeraient de 60 à 56% de la retraite complémentaire du conjoint décédé et on ne pourrait les toucher qu'à partir de 60 ans au lieu de 55 aujourd’hui.
Enfin, au moment où avec la réforme des rythmes scolaires, l'État organise un nouveau transfert de charges à destination des communes, il paraît acquis que le dotation aux collectivités locales qui devait être réduite de 1,5 milliard pendant deux ans, le serait à hauteur de 3 milliards...
Toutes ces déclarations concomitantes font penser à la Sarkozie, avec les porte-flingue du président qui n'hésitaient pas à lancer des ballons d'essai pour tester la résistance du mouvement social et de la population.
S'il paraît peu probable que les allocations familiales soient touchées, étant donné les précédentes tentatives, notamment sous Jospin, il est quasiment certain que sans réaction sociale et politique à gauche, les autres pistes seront mises en œuvre tant la rigueur est devenue le dogme d’une prétendue gauche qui ne défend en rien les intérêts du plus grand nombre.
La campagne du Front de gauche pour une alternative à l'austérité est ainsi fondamentale si l'on veut éviter un état de sidération paralysant devant ces nouvelles attaques.
Et dans ce cadre, il est décisif de réussir la manifestation du 5 mars contre l'accord national interprofessionnel qui tente de réaliser une nouvelle casse du droit du travail en accordant une majorité politique à un texte minoritaire dans la société.
Angèle Mondini le 20/02/13

